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Christophe Boutry
🔮Un cybercriminel affirme avoir obtenu l’accĂšs Ă  un compte valide sur Tchap, la messagerie sĂ©curisĂ©e de l’administration française.
Quelques explications đŸ§”

À partir de ce compte, il prĂ©tend avoir pu collecter :

👉 73 467 comptes d’agents publics
👉 643 459 messages
👉 876 salons avec historique accessible
👉 plus de 59 000 fichiers
👉 environ 13,5 Go de donnĂ©es
👉 des mĂ©tadonnĂ©es liĂ©es aux comptes, aux salons et aux terminaux

À ce stade, prudence : il s’agit d’une revendication. Rien ne permet encore d’affirmer que tous les chiffres sont exacts, ni que tous les contenus annoncĂ©s sont sensibles.

De quoi parle-t-on ? đŸ”œ

Tchap est la messagerie interministĂ©rielle de l’État français.

Elle est utilisĂ©e par des agents publics pour Ă©changer dans un cadre professionnel, au sein d’administrations, de ministĂšres ou de groupes de travail transversaux.

Elle a Ă©tĂ© pensĂ©e comme une alternative souveraine aux messageries privĂ©es grand public, notamment WhatsApp, Telegram ou Signal, afin d’éviter que des Ă©changes professionnels de l’administration française transitent par des services commerciaux Ă©trangers.

Techniquement, Tchap repose sur Matrix, un protocole de messagerie décentralisée.

Matrix permet Ă  plusieurs serveurs de communiquer entre eux, un peu comme le courrier Ă©lectronique : un utilisateur d’un serveur peut Ă©changer avec un utilisateur d’un autre serveur, si la fĂ©dĂ©ration est autorisĂ©e.

Tchap utilise cette logique pour organiser une messagerie rĂ©partie entre plusieurs environnements administratifs. Son interface vient de l’écosystĂšme Element, le client Matrix le plus connu, adaptĂ© ici aux usages de l’administration.

Attention ⚠

Si les données revendiquées sont authentiques, cela ne signifie pas automatiquement que le chiffrement de Tchap aurait été cassé.

Cela ne veut pas dire non plus que toute la plateforme aurait été compromise.

Le scĂ©nario avancĂ© ressemble plutĂŽt Ă  l’exploitation maximale d’un compte lĂ©gitime. (ce que le cybercriminel revendique)

Autrement dit : l’attaquant ne dit pas avoir “cassĂ© Matrix”. Il affirme avoir obtenu un compte valide, puis utilisĂ© ce compte pour voir tout ce qu’il pouvait voir.

C'est là que le sujet devient intéressant.

Ce que l’acteur affirme avoir exploitĂ© 🔎

Selon l’auteur de la revendication, l’accĂšs initial aurait Ă©tĂ© obtenu par ingĂ©nierie sociale sur un compte liĂ© Ă  un agent de l’Éducation nationale.

Une fois connecté, il aurait utilisé des fonctionnalités normales de Matrix pour :

👉 explorer l’annuaire des utilisateurs
👉 rechercher des salons
👉 consulter les espaces accessibles
👉 remonter l’historique des conversations disponibles
👉 rĂ©cupĂ©rer les fichiers partagĂ©s dans ces Ă©changes

Dans Matrix, un compte peut voir plusieurs types d’informations selon la configuration du serveur et des salons :

👉 annuaire des utilisateurs
👉 salons publics ou semi-publics
👉 salons dĂ©jĂ  rejoints
👉 salons thĂ©matiques
👉 espaces transversaux
👉 historiques visibles aux nouveaux membres
👉 mĂ©dias partagĂ©s
👉 mĂ©tadonnĂ©es de terminaux
👉 clĂ©s publiques des appareils

Autrement dit, un compte compromis ne donne pas seulement accĂšs Ă  “ses messages privĂ©s”.

Il peut aussi devenir une porte d’entrĂ©e vers tout ce que ce compte est autorisĂ© Ă  voir.

Pourquoi 600 ou 800 salons seraient accessibles ? đŸ›ïž

AccĂ©der Ă  plusieurs centaines de salons ne veut pas forcĂ©ment dire que l’attaquant aurait forcĂ© l’accĂšs Ă  des conversations privĂ©es.

Sur Matrix, certains salons peuvent ĂȘtre publics, transversaux, thĂ©matiques ou joignables par tout agent authentifiĂ©.

Des noms de salons comme :
👉 “Outils collaboratifs”
👉 “Droit pĂ©nal et procĂ©dure pĂ©nale”
👉 “Intelligence artificielle”
👉 “MĂ©decine-santĂ©â€
👉 “SĂ©curitĂ© civile”

ressemblent davantage à des espaces de discussion communautaires qu’à des canaux hautement confidentiels.

Mais cela ne rend pas l’incident nĂ©gligeable.
Un salon public interne Ă  l’administration n’est pas un salon public au sens d’Internet. Il peut contenir des Ă©changes professionnels, des documents, des liens de rĂ©union, des noms d’agents, des habitudes de travail, des informations contextuelles et des fichiers dont l’agrĂ©gation devient sensible.

Le problĂšme de l’annuaire đŸ‘„

L’acteur affirme avoir utilisĂ© la fonction de recherche de l’annuaire Matrix pour Ă©numĂ©rer les utilisateurs.

Il aurait interrogĂ© automatiquement la fonction de recherche des comptes pour reconstruire une liste de dizaines de milliers d’agents.

Cette liste contiendrait notamment :
👉 noms d’affichage
👉 adresses professionnelles
👉 ministùres ou organismes de rattachement
👉 serveurs d’origine
👉 mĂ©tadonnĂ©es liĂ©es aux comptes et Ă©quipements

Ce type d’énumĂ©ration n’a rien d’impossible si la recherche n’est pas assez limitĂ©e, pas assez cloisonnĂ©e ou pas assez protĂ©gĂ©e contre les requĂȘtes rĂ©pĂ©tĂ©es.

Ce n’est pas forcĂ©ment un “piratage profond”. Cela peut ĂȘtre un abus massif d’une fonctionnalitĂ© lĂ©gitime.

Le sujet des fichiers 📁

Le point le plus préoccupant concerne les fichiers.

L’auteur affirme avoir tĂ©lĂ©chargĂ© plus de 59 000 mĂ©dias et documents, pour environ 13,5 Go.

Dans Matrix, les fichiers partagĂ©s dans les conversations sont rĂ©fĂ©rencĂ©s par des identifiants mĂ©dias. Selon la configuration du serveur, connaĂźtre l’identifiant ou l’URL d’un fichier peut parfois permettre de le rĂ©cupĂ©rer, ou au minimum faciliter son tĂ©lĂ©chargement via l’API mĂ©dia.

Cela ne veut pas forcĂ©ment dire que “tous les fichiers de Tchap” Ă©taient librement accessibles.

Le scénario le plus vraisemblable est plutÎt celui-ci :

L’attaquant aurait lu des messages accessibles au compte, extrait les liens ou identifiants de fichiers prĂ©sents dans ces messages, puis tĂ©lĂ©chargĂ© les piĂšces jointes correspondantes.

Si ces messages provenaient de salons inter-administrations, les mĂ©dias pouvaient ĂȘtre hĂ©bergĂ©s sur plusieurs serveurs Tchap.

Les Ă©lĂ©ments sensibles revendiquĂ©s 🧹

L’acteur affirme Ă©galement avoir trouvĂ© :
👉 des liens Zoom
👉 des codes Webex
👉 des scripts PowerShell
👉 des rĂ©fĂ©rences Ă  des annuaires internes
👉 des identifiants techniques
👉 des mentions “Diffusion Restreinte”

Ces affirmations doivent ĂȘtre prises avec prĂ©caution.

Une mention “Diffusion Restreinte” dans un message ou un nom de fichier ne prouve pas automatiquement qu’un document protĂ©gĂ© a Ă©tĂ© exfiltrĂ©.

Un identifiant trouvĂ© dans un script ne prouve pas non plus qu’il est encore actif ou exploitable.

Mais ces éléments montrent un risque classique des messageries internes : les utilisateurs y déposent parfois des informations techniques ou opérationnelles qui ne devraient jamais circuler dans un salon.

Le vrai problĂšme n’est pas forcĂ©ment Matrix 🧠

Matrix est un protocole puissant, pensĂ© pour la fĂ©dĂ©ration, l’interopĂ©rabilitĂ© et le chiffrement.

Mais comme toute infrastructure collaborative, sa sécurité dépend énormément de sa configuration et de sa gouvernance.

Les vraies questions sont donc :

👉 qui peut voir l’annuaire ?
👉 qui peut rejoindre quels salons ?
👉 un nouvel entrant peut-il lire l’historique ?
👉 les mĂ©dias sont-ils protĂ©gĂ©s par l’appartenance au salon ?
👉 les salons publics internes sont-ils auditĂ©s ?
👉 les piĂšces jointes sensibles sont-elles contrĂŽlĂ©es ?
👉 les secrets techniques sont-ils dĂ©tectĂ©s lorsqu’ils sont partagĂ©s ?

Le chiffrement de bout en bout ne rùgle pas tout 🔐

Le chiffrement protĂšge contre certains accĂšs techniques non autorisĂ©s, mais il ne protĂšge pas contre un compte lĂ©gitime compromis qui lit ce qu’il est autorisĂ© Ă  lire.

Si un agent est membre d’un salon, ou si un salon est accessible à tous les agents, le chiffrement ne transforme pas ce salon en coffre-fort.

Le risque se déplace alors vers la gestion des droits, des usages et des espaces.

Le vrai problĂšme : non pas une preuve que Tchap serait “cassĂ©â€, mais la possibilitĂ© qu’un seul compte ait permis de cartographier beaucoup trop de choses.

Quels risques si la revendication est confirmĂ©e ? 🚹

Si les Ă©lĂ©ments avancĂ©s sont exacts, l’incident serait sĂ©rieux pour plusieurs raisons.

D’abord, l’énumĂ©ration de plus de 73 000 agents permettrait de construire une base de ciblage trĂšs prĂ©cieuse pour du phishing, de l’usurpation ou de l’ingĂ©nierie sociale.

Ensuite, les messages et salons exposés pourraient révéler des habitudes de travail, des interactions entre services, des sujets internes et des informations organisationnelles.

Enfin, les fichiers partagĂ©s peuvent contenir des documents administratifs, des captures, des piĂšces jointes, voire des informations techniques rĂ©utilisables dans d’autres attaques.

Conclusion 🧭

À ce stade, rien ne permet d’affirmer que l’intĂ©gralitĂ© de Tchap aurait Ă©tĂ© compromise.

Rien ne démontre non plus un casse du chiffrement Matrix.

Le risque ne vient pas toujours d’un attaquant qui casse la porte.

Parfois, il entre avec un badge valide, puis découvre que beaucoup trop de portes sont restées ouvertes.

https://fuitesinfos.fr/article/2026-06-07-tchap-2
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